Sur les pas des écrivains en Haute Savoie

Par Lydia Chevalier, propriétaire d’un gîte à Chamonix-Mont-Blanc (Haute Savoie)

Ma randonnée, je l’entreprends à tout moment de la journée et de préférence, le soir, avant de me coucher : « demain, dès l’aube, à l’heure où rosit le Mont-Blanc, je partirai, vois-tu … » Hé oui, je le confesse, je fais mien le vers immortel de Victor HUGO, pour mieux retrouver mon poète de prédilection… là-bas, là-haut, sur les chemins qui démarrent derrière ma maison.

randonner dans les beaux paysages de la Vallée du Mont Blanc

Oui, demain, dès l’aube… j’ouvrirai les persiennes de ma chambre : je contemplerai le panorama qui s’offre à moi chaque jour, toute la chaîne du Mont-Blanc et ses Aiguilles et j’évoquerai le cri d’admiration du grand auteur lorsqu’il la découvrit : « la Vallée de Chamonix est un Temple… ». Ce temple je le parcours, intérieurement et à chacun de mes pas, chaque jour en compagnie de tous ceux qui, dès le 18ème siècle, célébrèrent sa beauté : une partie de leur esprit est resté dans la vallée, dans le bourg, dans les vieilles maisons.

Dès le 18ème siècle, l’un d’entre eux s’exclama : « la Vallée de Chamonix est une auberge… » ; oui-da, il fallait bien les héberger ces « Monchus » (Messieurs) de la Ville qui venaient (déjà) procurer un complément de revenus (en espèces sonnantes et trébuchantes ). Ils vinrent, de plus en plus nombreux, qui pour découvrir « les Merveilles », qui pour voir de près « les horribles glaciaires », qui pour faire des analyses scientifiques… qui pour fuir la ville, se fuir et mieux se retrouver, déjà ! Combien sont repartis, guéris, rassérénés, pacifiés ! La Nature explorée, découverte et apprivoisée se retrouve magnifiée, chantée et glorifiée. Jean-Jacques ROUSSEAU en sera l’un des chantres les plus célèbres.

Horace Bénédicte de Saussure, géologue, noble et érudit, écrivain relatant ses travaux, accompagné de son guide « Jacques BALMAT dit Mont-Blanc » préparera pendant de longs mois, (et après avoir mis à jour son testament, bien sûr) son excursion exploratrice de 1787 dont le succès fut retentissant et conféra à ses écrits une très large diffusion. Alexandre DUMAS, enthousiaste, écrira : « Je vais vous dire en deux mots, si toutefois sa célébrité n’est point arrivée jusqu’à vous, ce que c’est que M. Jacques BALMAT, dit Mont-Blanc. C’est le Christophe Colomb de Chamouny. »

Alexandre DUMAS relatera chacune de ses randonnées dans la Vallée ; il conseillera (et je vous affirme que cet avis est toujours valable) : « il y a deux choses consacrées que le voyageur qui passe à Chamouny ne peut se dispenser de voir, c’est la Croix de Flégère et la Mer de Glace ».

Alors, demain, dès l’aube, je me dirigerai vers le Petit Balcon, chemin qui démarre derrière ma maison, puis je prendrai le Grand Balcon, et à flanc de montagne, à mi-pente du Brévent, sur l’Adret de la Vallée, je retournerai à la Flégère, là-haut, retrouver l’auteur des Trois Mousquetaires et de la Dame aux Camélias. Bien sûr les chemins des chevriers se sont élargis, entretenus, par l’équipe municipale (pilotée en son jeune temps par mon vieux voisin) des Sentiers de Montagne et du patrimoine naturel.

Balade sur les pas des écrivains en Haute SavoieAlexandre DUMAS poursuit : « La Croix Flégère et la Mer de Glace, ces deux merveilles sont placées en face l’une de l’autre, à gauche et à droite de Chamouny… la Mer de Glace qu’alimente le sommet neigeux du Mont-Blanc … descend jusqu’au milieu de la vallée… » Hélas, depuis, le glacier a bien reculé !

C’est après-demain, à l’aube, que je rejoindrai le chemin du Montenvers, celui qui vit passer tant de mules, mulets, montés par les « Monchus » et les «Dames » et même l’Empereur Napoléon III et l’Impératrice Eugénie. Moi, j’irai à pied. A bout de deux heures, le chemin du Montenvers débouchera derrière la gare du petit train à crémaillère qui déverse depuis plus d’un siècle les touristes, guides et clients, journalistes et cinéastes, photographes et artistes peintres, à foison, selon les saisons. Là, d’un pas alerte, je tournerai à droite vers une modeste construction, érigée par les « romantiques » et pompeusement dénommée « le Petit Temple de la Nature ». Aujourd’hui musée, il propose des gravures anciennes, des ouvrages anciens, des plaques commémoratives : revoilà Victor HUGO, A. DUMAS, les inséparables PEACOCK, BYRON, SHELLEY et MARY, ainsi que Charles DICKENS…

Louis PASTEUR a également droit aux honneurs, pour avoir mesuré la pureté de l’air… en son temps. Son rapport d’analyse est exposé : littérature savante, scientifique, informative : d’un grand intérêt pour ma fibre « écologique ». A la fin du 19ème siècle, point de train, point d’hôtel : il faut redescendre très vite avant la nuit. {C’est entre chien et loup que la créature monstrueuse conçue par Frankenstein, et issue de l’imagination de Mary Shelley, se hasarde à descendre dans la Vallée. Il vaut mieux ne pas la croiser}.

Donc, chacun regagne son hôtel pour le souper et récupérer de cette émotion presque douloureuse procurée par tant de beauté sauvage. Quant à moi, demain jour de marché, ma randonnée sera « citadine » j’irai faire mes achats par la Via des Traz, ce chemin piétonnier en contrebas de ma maison qui me fait parvenir sur la Place du Triangle de l’Amitié (Chamonix-Mont-Blanc – Martigny-Valais – Courmayeur Val-d’Aoste) : l’église, la Maison de la Montagne, l’Office du Tourisme et la Mairie. Autour de cette place c’était des hôtels ou des auberges, dans la Rue Vallot et la Rue Paccard, tout pareil (au fil des siècles l’hébergement chez l’habitant ne suffit plus, les hôtels se construisent, de la petite structure familiale au grand hôtel, jusqu’au Palace des années folles…). Les habitants deviennent hôteliers, les guides deviennent des professionnels reconnus… C’est là, à côté de la Mairie, que logeaient George SAND et CHOPIN… littérature et musique ! Peut-il y avoir plus agréable cohabitation ?! C’est tout près, l’une de ces auberges qui inspirera à Gaetano DONIZETTI son opéra pastoral LINDA di CHAMOUNIX, narrant l’idylle d’une jeune fille d’aubergiste et d’un jeune peintre, Carlo, noble incognito. En achetant mon pain frais, j’entends Linda chanter avec ferveur son amour naissant, exprimé par ses mots simples. Le librettiste aurait pu en faire un roman. Musique et paroles…

découverte des oeuvres des écrivains en Haute savoieMais je reviens à la maison avec mon pain frais, toujours le long de la Via des Traz, là où je croisais souvent Roger FRISON-ROCHE, se rendant à la Maison de la Montagne, retrouver « sa » Cie des Guides, ses complices photographes et « son monde », dont il était un éminent auteur. Ce que Chamonix doit en notoriété, à ses oeuvres et pour ne citer que Premier de Cordée, Retour à la montage et Mont-Blanc aux Sept Vallées, qui peut l’évaluer ? Il a maintenant rejoint d’autres âmes, celle de Gaston REBUFFAT : Entre Terre et Ciel, de Lionel TERRAY : Les conquérants de l’inutile , de Philippe Gaussot, le journaliste-écrivain avec ses contes pour enfants, illustrés par son complice PELLOS : Hoppi la Marmotte, Youpi le Chamonix . Bien sûr que vous les reconnaîtrez ces montagnes rieuses ou renfrognées, le sourcil froncé, et les affreux braconniers ! Philippe aussi était riverain de la Via des Traz. Si vous arpentez les Petit Balcon et Grand Balcon, nul doute que vous verrez surgir Hoppi ou Youpi : le chamois et la marmotte sont protégés, sauf du grand aigle, bien sûr ! et puis, de nos jours, il n’y a plus de braconniers.

Il y a aussi ceux avec qui j’échange des nouvelles, à l’occasion : l’instituteur-guide, qui a « forgé » tant de gamins et rédige le troisième tome d’une vie de courses en montagne et d’amitiés, il enseignait là, au Groupe-scolaire, au bout de la Via, tout près ; le peintre-guide dont les tableaux sont des poèmes sans paroles, les amies d’enfance : la professeure de français et son roman, la secrétaire et son Grand Livre de la Sérénité, Marie la danseuse-alpiniste : ses spectacles et ses poèmes, inspirés de son corps à corps avec la montagne. Je n’oublie pas les « Himalayistes »… Maurice HERZOG : Annapurna Premier 8000, et tous ceux qui relatent leur passion pour la montagne ; ils sont légion à avoir publié leurs récits. Ils habitent la Vallée, tout alentour et si « cela me chante » ma flânerie me conduira jusque devant leur porte.

Qu’il m’est agréable de marcher des kilomètres sur les sentiers, parmi les touristes qui s’aventurent sans savoir, et c’est très bien, car ainsi, au gré de mon humeur, de mes souvenirs, mon chemin quotidien est une randonnée secrète.

Maridia, de Chamonix , en l’an de grâce 2012, le 31 mars.

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Crédit photos : ©Phovoir

One Response to Sur les pas des écrivains en Haute Savoie

  1. Marie dit :

    c’est magnifique cette passion… parenthèse enchantée dans un morne quotidien. Bravo !

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