Le Pré-Boulay et Berthe Bovary

Par Claire et Luc Lefort, propriétaires d’un gîte à Fleury-la-Forêt (Eure) • 

Claire et Luc Lefort vous accueillent toute l’année dans leur ancienne ferme convertie en gîte. Situé dans le Vexin normand, sur la commune de Fleury-la-Forêt, dans l’Eure, le Pré-Boulay réserve quelques surprises aux amoureux des belles-lettres. Et bien sûr aux randonneurs adeptes des grands auteurs.

Le Pré Boulay dans l'Eure pour lire et randonner

Les découvertes alentour

randonnée au chateau de vascoeuil dans l'EureÀ Vascœuil (12 km du Pré-Boulay), Jules Michelet a rédigé une partie de son œuvre, dans sa maison de La Forestière, dite communément le château. Outre un musée consacré à cet historien, les propriétaires exposent de l’art contemporain. Le château de Vascœuil fait partie de la Route historique des maisons d’écrivains (le circuit RHME), qui relie, entre Île-de-France et Haute Normandie, douze demeures d’écrivains célèbres. Celles de Victor Hugo, à Villequier, de Corneille, à Rouen, et le pavillon de Flaubert, à Croisset, en banlieue de Rouen, peuvent constituer le motif d’une balade à la journée depuis Fleury-la-Forêt.

Pour des informations bien faites sur les balades alentours, nous vous recommandons l’ouvrage de Louis-Martin Tard, Guide du Vexin normand, aux éditions Valhermeil-Charles Corlet, 1994. Il parle exclusivement, et en détail, de chez nous.

Par le charmant vallon de Lorleau, on atteint Lyons-la-Forêt (8 km du Pré-Boulay), classé parmi les plus beaux villages de France. L’identité très normande de Lyons, avec ses nombreuses façades à colombages, a servi de décor au cinéma. Claude Chabrol y a tourné son adaptation de Madame Bovary, avec Isabelle Huppert, en 1991.

randonnée en forêt de Lyons la forêt dans l'EureSitué au centre du massif forestier, Lyons-la-Forêt a donné son nom à toute la hêtraie, dite forêt de Lyons. Le Syndicat d’initiative de Lyons-la-Forêt informe des randonnées thématiques qui y sont organisées. Beau point de vue sur la forêt depuis la terrasse de la mairie des Hogues (10 km du Pré-Boulay).

Petit mot du propriétaire Luc Lefort

« Le paysage n’est pas l’environnement. Il est une catégorie de notre imaginaire, dont la littérature, depuis le XVIIIe siècle, remodèle sans cesse l’expression ». Luc Lefort s’interroge sur notre regard « paysageur », notamment dans le cadre de l’association Horizon Paysage, animée par les chercheurs Françoise Chenet, Jacques van Waerbecke, Aline Bergé, Philippe Nys, Xavier Martel, sous la présidence du poète Michel Collot. Deux articles et une étude de Luc Lefort, ci-après, dans la rubrique Librairie du Pré Boulay .

Les grands romans de la littérature classique constituent la part la plus féconde de notre imaginaire collectif. Luc Lefort s’en fait le passeur, dans des fictions pour les 8 à 12 ans, illustrés par des artistes contemporains de renom.

La Fabrique du Pré, en tant qu’association, a elle-même une petite activité éditoriale, pour des récits de vie et des témoignages, dont les auteurs peuvent être conseillés et assistés par l’éditeur.

Littérairement vôtre !

Le trésor du Pré-Boulay : le Journal de Berthe Bovary

Berthe Bovary,  ses jeunes années au Pré-Boulay

Dans les années 1850, le Pré-Boulay, dont la petite maison de maître venait d’être bâtie ou est-ce rebâtie parmi des dépendances agricoles plus anciennes, fut louée à une Louise Couturier, célibataire, qui arrivait comme institutrice à Fleury-la-Forêt, village normand à la lisière nord de la hêtraie de Lyons, dans le département de l’Eure. Quand j’ai acheté cette maison, en 1993, j’ai hérité d’une importante serviette à rabat, en cuir bien élimé, mais bourrée à craquer de courriers et, à côté, d’une pile de cahiers cartonnés grand format, aux dos de tissu noir bien effilochés, les pages néanmoins lisibles. Avec cela, encore, diverses enveloppes contenant des cartes de visite, des photographies décolorées, etc., mais surtout des numéros d’une singulière revue littéraire trimestrielle, la Pêche à la ligne, créée, comme je le comprendrais vite, à l’initiative de Berthe Bovary et de ses amis Massas, dans les années 1870. Toutes ces choses se trouvaient dans les placards de la maison, avec des amas de journaux et périodiques, plus récents, auxquels devaient être abonnés les Burckard, les grands-parents des personnes à qui nous achetions la propriété. J’ai bientôt remarqué, parmi les plus vieux documents, une correspondance entre Louise Couturier et un Me Léon Dupuis, notaire à Senlis, dans l’Oise : quelques actes administratifs, concernant notamment l‘adoption de Berthe, Alice Bovary-Delamare, par Louise Couturier mais aussi des lettres plus confidentielles, où ledit Me Dupuis se soucie personnellement de l’enfant qu’a prise en charge Mlle Couturier.

Je vous résume en suivant ce que j’ai noté en feuilletant cette correspondance, que je suis loin d’avoir entièrement dépouillée. Elle est constituée des lettres de MDupuis à Louise Couturier, mais aussi des ébauches de lettres de celle-ci, qui, on le déduit, rédigeait des brouillons qu’elle recopiait au net pour Me Dupuis.

Après le décès de ses parents, et, bientôt, celui de sa grand-mère, qui l’avait recueillie, la petite Berthe, âgée alors de sept, huit ans, est donc adoptée par Mlle Couturier. Louise Couturier était une nièce de Théodore Rouault, le grand-père maternel de Berthe, et, de ce fait, une cousine germaine de sa mère. Elle prend Berthe à l’école de Fleury, dont elle est la maîtresse, mais la petite, apparemment, ne suit pas. Elle passe, à ce qu’on comprend, pour simplette. Sa tante, et mère adoptive, finit par la faire entrer comme ouvrière à la filature Levavasseur, qui vient d’ouvrir, à Fontaine-Guérard.

Ici se joue une anecdote capitale dans la vie de Berthe. Un certain Charles de Massas, grand amateur de pêche à la ligne (Cf., de lui, le Pêcheur à la mouche artificielle, 1859, ouvrage resté fameux), exerce régulièrement ses talents dans l’Andelle, rivière au bord de laquelle se dresse la filature (il en reste des ruines magnifiques, aujourd’hui). M. de Massas y vient parfois avec sa fille, Madeleine, qui a l’âge de Berthe, et les deux gamines, qui se rencontrent à plusieurs reprises sur les berges, sympathisent ; à tel point que Charles de Massas finit par s’intéresser à la petite ouvrière amie de sa fille. Les Massas reçoivent désormais Berthe dans leur maison de campagne de Radepont ; or, ces rencontres sont très bénéfiques à la gamine, qui se met à lire et commence à tenir son Journal.

Je ne sais si ce que je possède de ce Journal est bien complet. Il faut que je trouve le temps de le lire vraiment. Je vois simplement que ces cahiers nous conduisent assez loin dans le temps, puisqu’on y trouve des références aux événements de 1870 et 1871, années où les deux jeunes filles, Madeleine et Berthe, atteignent leurs vingt ans. Berthe s’est attachée entre-temps, autant à Madeleine de Massas, qu’à son frère Louis, qui a deux ans de plus que celle-ci. Il y a des lettres du frère et de la sœur, dans les papiers conservés de Berthe. Il me reste, je vous le disais, beaucoup à classer et à décrypter ; Berthe semble avoir vécu, à ce moment, une vie littéraire et militante assez animée à Paris, où elle est conviée chez ses amis Massas. Elle est de moins en moins souvent chez elle, au Pré-Boulay, auprès de sa tante ; mais elle y date encore, occasionnellement son Journal. Elle écrit et se rend aussi à Senlis, où elle a gardé des relations  avec Me Dupuis.

La suite reste à débrouiller. C’est un gros travail, que je suis décidé à entreprendre, dès que je pourrai. Je m’en tiens là, de ce que je voulais vous dire pour l’instant. Chacun aura compris, bien sûr, l’extraordinaire intérêt littéraire des textes que je veux exhumer, de par la personnalité de la mère de Berthe Bovary ; mais ce serait sans compter, encore, avec la teneur et le style du Journal, qui s’avère, pour ce que je peux déjà en juger, une pièce de premier ordre et avec l’audace réjouissante de ce trésor au regard de l’histoire littéraire : les numéros de la revue la Pêche à la ligne. Il reste à en inventorier la collection méthodiquement, mais elle contient, de toute évidence, des textes d’auteurs, dans l’esprit zutique, de très sérieuse qualité. Une première exposition au Pré-Boulay pour l’automne 2013 ?

Visitez l’hébergement de Claire et Luc Lefort

En savoir plus :

Randonnée équestre à Lorleau

De page en page, Mademoiselle Bovary

Le château de Vascoeuil

L’histoire de Lyons-la-Forêt

Crédit photos : M. Lefort, le propriétaire

 

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